« Dépensez tout, vivez heureux »

Si certains best-sellers historiques ont fait leurs preuves sur des titres racoleurs comme « Réflechissez et devenez riche » de Napoléon Hill, d’autres sont plus confidentiels (et plus récents): « L’Art de ne pas travailler« , « Petit guide à l’usage des gens intelligents qui ne se trouvent pas très doués« , « Comment je suis devenue rentière en 4 ans. »

Dans cette jungle d’ouvrage, je viens d’achever « Dépensez tout, vivez heureux. » Je ne me souviens plus comment je suis tombé sur ce titre. Rendons tout de même à César ce qui lui appartient puisqu’après « googlisation », j’avais trouvé un feedback sur le blog dilettante.blogspirit.com.

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De manière générale, on ne peut pas dire qu’un livre est bon ou mauvais. Il l’est par l’enseignement qu’on en tire. Toujours est-il que la promesse du titre nous évoque une méthode de vie basée sur l’anti-frugalité et axée davantage sur le développement personnel que sur la gestion financière.

Il n’en est rien! L’auteur – Stephen M. Pollan – est un conseiller financier américain. 2 raisons qui auraient dû m’en dissuader la lecture: d’une part parce que je considère que notre mode de vie et d’investissement n’est pas en France parfaitement calquable sur le modèle anglo-saxon, et d’autre part parce que je me méfie toujours des donneurs de conseils (voire de leçons…) en matière financière (s’ils étaient aussi bons, ils s’emploieraient à pratiquer pour eux-mêmes leurs recommandations et devenir riches!).

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Comment est organisé le livre?

C’est un livre très simple. Une 1ère partie explique la philosophie qui s’articule autour de 4 fondements:

  1. Pensez dès aujourd’hui à démissionner. Pas pour ne plus travailler ou pour se mettre à son compte. L’idée ici est de cesser de considérer son job comme une course à la réussite et à la rentabilité. C’est un gagne-pain qui doit permettre de profiter de sa vie personnelle grâce à ses revenus. Travailler pour vivre et non vivre pour travailler.
  2. Payez comptant. Ou jetez votre carte de crédit. Non seulement pour ne pas être asservi par les pièges de la surconsommation (et donc ne pas vivre au-dessus de son niveau de vie) mais aussi pour retrouver la valeur de l’argent en payant cash plutôt qu’en tapant aveuglément son code sur un boîtier.
  3. Ne prenez pas votre retraite. Le raisonnement est intéressant car il considère que la retraite est un concept inventé en des temps où il nous restait quelques années à vivre dans un état de fatigue avancé. Aujourd’hui il nous reste environ 20 ans d’espérance de vie de senior en pleine forme. Le principe est donc de travailler tout au long de sa vie. Sans pénibilité puisqu’on adapte son rythme (cf. point n°1). Une autre dimension est l’enrichissement intellectuel apporté par le travail pourrait être stoppé net par une retraite forcée (qui serait donc contre-productive).
  4. Mourez sans un sou. C’est la pierre angulaire du concept, en lien direct avec le titre de l’ouvrage. Investir pour dégager des revenus et non un capital dont le seul but serait la transmission de son patrimoine. Un revenu est liquide et permet en outre d’aider sa famille de son vivant, au moment où ils en ont le plus besoin.

La 2nde partie est une succession de 30 domaines pratiques où l’auteur expose son point de vue, en lien direct avec ses attributions professionnelles: « comptables », « rentes »,  » funérailles », « prêt hypothécaire », « comptes sicav monétaire »…etc. Assez ennuyeuse d’ailleurs car chaque item est peu développé et très tranché.

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Quels enseignements pour moi?

Beaucoup de choses sont à tempérer car on sent bien que la cible est clairement un couple avec enfants, bien établi dans sa vie professionnelle et générant des revenus plus que confortables (mais ayant des difficultés à gérer son budget, donc sa vie). De plus, le livre date un peu. Ce n’est pas dramatique car l’auteur parle bien de la société dans laquelle on vit actuellement (et ce qu’il décrit est finalement accentué avec la crise) mais la monnaie décrite en Francs rend la lecture anachronique.

En dépit d’une lecture parfois en doublon avec mes « acquis », j’en retire les points suivants dont je souhaite m’appliquer les préceptes:

  • Poursuivre dans la voie qu’un job n’est qu’un revenu. Je préfère en outre maximiser mon temps et gagner de l’argent par mes actions, pas simplement par le don de mon temps. J’applique la règle n°1 à la lettre…
  • Payer comptant pour prendre pleinement conscience de la valeur de l’argent et bannir les DAB à la demande. Sortir des billets à la demande bride cette prise de conscience: vive la budgétisation et les enveloppes hebdomadaires!
  • Poursuivre mon développement d’une vie au fil de mes envies et donc de ne pas m’asservir à un travail régulier « jusqu’à ce que ». Cela va dans le sens d’une vie fluide, ponctuée de phases de labeur (et de gains) et de mini-retraites (je reviendrai sur ce concept qui me tient à coeur).
  • La dimension de la mort est secondaire (je trouve d’ailleurs l’auteur trop péremptoire dans une espérance de vie standardisée à 80 ans), en revanche, il est important de se prémunir contre l’invalidité.
  • Vivre selon son niveau de vie n’est pas avancer dans la vie avec le pied sur la pédale de frein mais au contraire ne pas entrer dans le cercle vicieux du « toujours plus » (si certains connaissent le concept de « rat-race », ce sera plus parlant).
  • On n’hypothèque pas sa vie comme sa maison: profiter de la vie, donc de son argent, se fait maintenant, pas demain, pas toujours plus tard.
  • Ce concept de non transmission de son patrimoine est le moins évident à appréhender. En me projetant, je préférerais effectivement sans doute que mes parents me donnent de l’argent aujourd’hui pour investir (et c’est là la nuance: on parle d’investissement, pas de consommation!!) plutôt que « d’attendre » leur mort pour en bénéficier (alors que je serai moi-même âgé si les espérances de vie « normales » sont respectées).

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Conclusion:

Le livre « Dépensez tout, vivez heureux » n’est pas un ouvrage majeur. Et encore moins dans le domaine dans lequel on l’attend: celui du développement personnel (car toute la seconde partie est dédiée à des conseils pratiques sur divers aspects, essentiellement financiers). Chacun des 4 piliers de la pensée décrite peut se retrouver dans d’autres lectures. Le mérite est toutefois d’avoir réuni ces fondements avec des applications plus pratiques. Ce sera sans doute plus facile à digérer pour un lecteur lambda qui n’a pas découvert des classiques comme « Père Riche, Père Pauvre« .

Verdict: j’aurais pu économiser 14,50€ et je ne garderai pas ce livre dans ma bibliothèque (avis aux amateurs qui veulent me le racheter!).

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